Je viens de terminer le quatrième roman de Christian Guay-Poliquin, un écrivain dont je suis l'oeuvre depuis qu'il a remporté le Prix littéraire des collégiens en 2017 avec son fabuleux roman Le poids de la neige. J'avais lu ensuite avec grand plaisir son précédent ouvrage, Le fil des kilomètres, paru en 2013 et je m'étais précipité sur Les ombres filantes dès sa parution en 2021.
Le contexte des romans de Guay-Poliquin reste toujours assez semblable et sa description parfaitement maîtrisée. Nous sommes dans un avenir apocalyptique pas très lointain, le monde a complètement changé sans qu'on ne sache jamais vraiment comment c'est arrivé ni pourquoi. Les déplacements sont plus difficiles, les technologies sont moins accessibles ou carrément impossibles. Les personnages sont constamment confrontés à la difficulté de survivre dans ces conditions et ce qui est mis de l'avant dans ces récits, ce sont surtout les relations humaines. Nous sommes souvent à la limite du huis-clos (une maison, une voiture, la forêt) et ce qui ressort des trois premiers romans de l'auteur, ce qui fait l'intérêt de leur trame narrative, c'est justement la charge émotive qui émane de ces difficiles cohabitations entre individus très différents.
Dans Le mur, nous suivons l'histoire d'Héléna qui essaie de survivre dans une ville divisée en deux par un énorme mur infranchissable, surveillé de près par des gardes-frontières armés. Les voitures sont à peu près disparues, l'accès aux communications est plus difficile et les réseaux d'aqueduc et d'électricité peinent à fournir à la demande. Le mode de scrutin qu'on connait est aboli et la société est gérée par un mystérieux régime autoritaire qui contrôle tout par le biais de nombreuses agences (centrale, de santé, de gestion, de détention, de communication, de distribution, de rénovation...).
Dans cet univers déprimant, Héléna parcourt la ville en vélo pour faire des petits boulots de réparation ici et là. La pluie tombe sans cesse, inonde progressivement toutes les routes et accentue la détérioration des bâtiments. Ce climat représente bien d'ailleurs la morosité générale des citoyens de cette partie de la ville. En ce sens, ce roman diffère des précédents, puisqu'il met en scène un univers plus vaste, moins étouffant. Héléna travaille bien, malgré les rigueurs de la vie, elle se débrouille. À travers ses tâches quotidiennes, la complexité de ses relations familiales et sociales se dévoile petit à petit. On apprend qu'elle a deux fils dans la vingtaine qu'elle voit rarement. Elle évoque avec nostalgie Angel, son ancien amoureux disparu tandis qu'elle fuit son ex-mari Peter, qui voudrait qu'elle revienne auprès de lui, de façon un peu trop insistante. En opposition au régime en place, Hélèna aide les personnes dans le besoin qu'elle croise sur sa route, n'hésitant pas à leur offrir des réparations gratuitement. Et quand le hasard lui offre l'occasion de participer à une entreprise d'évasion pour franchir le mur, elle décide de s'impliquer.
Le roman est habilement construit, la divulgation progressive des éléments de la vie d'Héléna nous happe dans le récit. La fin, sous forme de récits entremêlés, qui révèle enfin ce qui arrivé à Angel, est très réussie et nous force à précipiter notre lecture. Malgré cela, j'ai eu de la difficulté à bien entrer dans l'histoire. Certains aspects m'ont semblé un peu trop précipités (la trahison d'Alice, la présence surprenante d'une arme, la facilité pour Héléna d'obtenir le matériel et l'aide nécessaires malgré les contrôles, son désir de traverser le mur alors qu'elle sait déjà ce qui s'y trouve...). Tout cela a nui un peu à mon adhésion à la fiction.
J'ai trouvé aussi qu'il y avait quelques éléments semés dans le texte par l'auteur qui auraient pu être plus développés (les iguanes, les mystérieuses racines blanches, la relation avec Peter, l'alcoolisme d'Héléna, l'alcoolique Norbert qui recommence à boire... ). Et des personnages dont la présence et le rôle m'apparaissaient parfois incomplets (Henri, la femme à la cigarette, Norbert...). Sous cet angle, mes attentes de lecteur ont été déçues, j'aurais voulu qu'on développe un peu plus ces différents aspects, j'ai eu l'impression qu'on les avait abandonnés en cours de route. Le roman reste peut-être un peu trop dans le non-dit, dans les sous-entendus.
Mais peut-être cette insatisfaction est-elle seulement causée par la brièveté du roman...
Car il faut bien le dire, malgré ces bémols, Le mur reste un roman court diablement bien ficelé qui met en scène un univers d'anticipation fort et cohérent. Ce n'est pas une œuvre aussi forte et aboutie que Le poids de la neige, mais cela reste un livre qui mérite assurément le détour.
Je saurai patienter encore quelques années pour lire le prochain roman de Guay-Poliquin.

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