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21 juin 2026

C'était ça ou mourir - Thélyson Orélien - Boréal



Ce roman raconte l'exil épuisant de Jonas Dorléon, professeur d'histoire à Haïti. Après avoir vu sa maison être brûlée, Jonas devra entreprendre une longue fuite de plusieurs milliers de kilomètres qui l'amènera à traverser dans des conditions horribles une douzaine de pays (République dominicaine, Brésil, Panama, Honduras, Costa Rica, Mexique, États-Unis...).

Le récit commence de façon brutale avec l'attaque des gangs qui ravagent tout le quartier du narrateur et tire sur tout ce qui bouge. Dorléon quitte alors sa ville de Carrefour-Feuilles avec le strict minimum.

Sont exposés ensuite de façon crue, mais dans une langue imagée, chargée de métaphores presque poétiques (le narrateur aime lire de la poésie, il traine avec lui des recueils qui l'aident à survivre dans les pires moments), tous les sévices et tous les abus que doivent subir les migrants pour essayer de survivre.

Dorléon y raconte notamment tous les efforts physiques nécessaires dans cette longue et interminable fuite vers un Ailleurs inconnu. Il raconte les longues heures de marche, la chaleur insoutenable, les nuits froides à dormir sur le sol, sous la pluie, la faim, la soif...

Certains passages sont pénibles à lire, les morts s'accumulent sur la route. Les pages qui racontent l'épouvantable traversée du Darién, une jungle impitoyable qui avale les plus faibles incapables de suivre le groupe, risquent de vous marquer pour longtemps. Ils seront nombreux à disparaître, emportés par les rivières tumultueuses ou victimes de la folie humaine.

Il raconte aussi toutes les privations du nécessaire qui dépouillent petit à petit les exilés de l'humanité qui leur reste. Tous ces comportements affreux qu'ils doivent subir, le jugement horrible des indigènes qu'ils croisent ou les exactions des profiteurs qui n'hésitent pas à exploiter leur espoir pour leur soutirer le moindre objet de valeur, pour les dépouiller de toute possession.

Et surtout, surtout, il expose toute l'incertitude qui ronge les migrants et sape leur moral, les détruit progressivement. Il relate notamment l'attente interminable dans des centres aux conditions épouvantables, afin de savoir s'ils peuvent, oui ou non, poursuivre leur route vers un refuge improbable.

Par chance, dans ce parcours, il y a aussi de belles et touchantes rencontres, des gestes simples de solidarité qui permettent de résister, de continuer. C'est en quelque sorte pour rendre hommage à ces personnes qui ont croisé sa route, qui lui ont permis de survivre, que le narrateur prend la plume. Il veut que la vie de ces autres exilés, ces sans-papiers sans existence officielle, puisse laisser une trace quelque part.

«Partir, ce n'est pas seulement chercher une vie meilleure. C'est surtout refuser que sa vie, même brisée, ne compte pour rien. C'est vouloir qu'au moins une voix survive à son corps. Mourir, d'accord, mais pas en silence. Et si mourir il faut, alors que quelqu'un reste, quelque part, pour dire : "Il a vécu, je l'ai vu, je m'en souviens."» (page 112)

C'est un livre puissant, un livre qui mériterait sûrement une réédition rapide en Boréal compact, afin de le rendre plus accessible au milieu scolaire. Car sans nul doute, c'est un ouvrage qui mérite de figurer dans le corpus des cours de littérature, qui permettra d'illustrer efficacement la tendance de la littérature migrante au Québec, au même titre que Ru de Kim Thuy ou La mémoire de l'eau de Ying Chen.

En le lisant, après avoir lu les critiques dithyrambiques publiées un peu partout, j'avais peur d'avoir de trop grandes attentes pour ce livre. Mais finalement, le roman remplit bien ses promesses, à lire, absolument.

Mise à jour 15 juillet : j'apprends à l'instant que le livre fera partie de la rentrée littéraire de l'automne en France chez Grasset, je ne serais pas surpris de le voir apparaître dans la liste des prix, le livre me semble notamment taillé sur mesure pour le Médicis.

C'était ça ou mourir - Thélyson Orélien - Boréal - 2026 - 270 pages

17 janvier 2026

L'imagination que donnent les vraies tendresses


Correspondances imaginaires entre Lalonde et Gustave Flaubert, l'auteur du fameux Madame Bovary (1857) dont il est un fervent lecteur.

Réflexions sur la vie, sur notre époque, sur l'écriture et la lecture, je m'attendais à beaucoup de ce livre qui m'a pourtant déçu. Je m'attendais à assécher au moins un surligneur, j'ai à peine souligné quelques lignes. Il faut dire que j'entretiens une relation amour/retenue pour l'oeuvre de Lalonde. Autant je peux le trouver génial par moment quand il parle de son rapport à la littérature, autant quand il se met à parler de la fardoche et de ses promenades dans la nature, il m'ennuie. Étant donné la prémisse de départ, avoir accès à la pensée d'un des plus grands romanciers du XIXe siècle, quand même, ce n'est pas rien, je m'attendais à un ouvrage plus fort, plus intéressant. Pa

Sur le même thème, je vous encourage plutôt à lire son essai Le monde sur le flanc de la truite, un incontournable sur la création littéraire à mon avis. Ou alors sa correspondance avec Jonatha Harnois, Tu me rappelles un souffle (2023), qui propose un choc intéressant entre deux écrivains appartenant à deux générations différentes.

Et je me rends compte, en consultant la bibliographie de Lalonde, que je me suis jusqu'ici très peu intéressé à ses romans.

Une nuit d'été à Littlebrook - Maureen Martineau - Héliotrope Noir

  Cette collection de livres dédiée au polar chez Héliotrope mérite votre attention, je n'en ai lu que quelques-uns jusqu'à maintena...