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10 juillet 2026

Foule monstre - Simon Brousseau - Héliotrope

 


Ce recueil à la forme très particulière a valu à Simon Brousseau le prix Adrienne-Choquette 2026, remis chaque année au meilleur recueil de nouvelles. L'auteur y déploie une impressionnante galerie de personnages, il doit bien y en avoir plus de 200, et les présente en quelques lignes dans un style concis et fort efficace. La narration est rapide, les textes font rarement plus de deux pages, parfois un seul paragraphe, et les principales caractéristiques de chaque individu sont présentées avec beaucoup d'empathie et d'humanisme. 

C'est un exercice de style très bien réussi, très convaincant. On assiste au déploiement de cette foule monstre avec plaisir et il y a dans chaque nouvelle un condensé de vie qui accroche le lecteur et nous étourdit par l'imagination débridée de son auteur.

Mais s'agit-il bien là de nouvelles, car vous ne trouverez pas ici de récit en tant que tel, pas de fil narratif, pas de chute. L'auteur accumule les extraits de vie de tous ces personnages sans aucun lien entre eux, simplement pour le plaisir de s'amuser à inventer des vies parallèles, un peu comme je le fais parfois quand je croise des individus dans la rue. Qui est cette personne ? Que fait-elle dans la vie ? D'où vient-elle ? Quelles sont les épreuves qu'elle a traversées ?

Par moment, j'ai pensé au recueil Originaux et détraqués de Louis Fréchette ou encore aux Gens de Dublin de James Joyce, puisqu'on se rapproche plus ici de portraits que d'histoires au sens classique du terme. 

J'avais déjà lu du même auteur Chaque blessure est une promesse (2023), un livre au titre superbe qui m'avait profondément touché, sur la lente agonie de son père atteint de SLA (sclérose latérale amyotrophique). Et si je ne m'attaque pas à ses anciennes parutions, parce que ma liste de livres à lire déborde toujours, je vais certainement surveiller de près ses prochaines publications.

Foule monstre - Simon Brousseau - Héliotrope - 2025 - 228 pages

21 juin 2026

C'était ça ou mourir - Thélyson Orélien - Boréal



Ce roman raconte l'exil épuisant de Jonas Dorléon, professeur d'histoire à Haïti. Après avoir vu sa maison être brûlée, Jonas devra entreprendre une longue fuite de plusieurs milliers de kilomètres qui l'amènera à traverser dans des conditions horribles une douzaine de pays (République dominicaine, Brésil, Panama, Honduras, Costa Rica, Mexique, États-Unis...).

Le récit commence de façon brutale avec l'attaque des gangs qui ravagent tout le quartier du narrateur et tire sur tout ce qui bouge. Dorléon quitte alors sa ville de Carrefour-Feuilles avec le strict minimum.

Sont exposés ensuite de façon crue, mais dans une langue imagée, chargée de métaphores presque poétiques (le narrateur aime lire de la poésie, il traine avec lui des recueils qui l'aident à survivre dans les pires moments), tous les sévices et tous les abus que doivent subir les migrants pour essayer de survivre.

Dorléon y raconte notamment tous les efforts physiques nécessaires dans cette longue et interminable fuite vers un Ailleurs inconnu. Il raconte les longues heures de marche, la chaleur insoutenable, les nuits froides à dormir sur le sol, sous la pluie, la faim, la soif...

Certains passages sont pénibles à lire, les morts s'accumulent sur la route. Les pages qui racontent l'épouvantable traversée du Darién, une jungle impitoyable qui avale les plus faibles incapables de suivre le groupe, risquent de vous marquer pour longtemps. Ils seront nombreux à disparaître, emportés par les rivières tumultueuses ou victimes de la folie humaine.

Il raconte aussi toutes les privations du nécessaire qui dépouillent petit à petit les exilés de l'humanité qui leur reste. Tous ces comportements affreux qu'ils doivent subir, le jugement horrible des indigènes qu'ils croisent ou les exactions des profiteurs qui n'hésitent pas à exploiter leur espoir pour leur soutirer le moindre objet de valeur, pour les dépouiller de toute possession.

Et surtout, surtout, il expose toute l'incertitude qui ronge les migrants et sape leur moral, les détruit progressivement. Il relate notamment l'attente interminable dans des centres aux conditions épouvantables, afin de savoir s'ils peuvent, oui ou non, poursuivre leur route vers un refuge improbable.

Par chance, dans ce parcours, il y a aussi de belles et touchantes rencontres, des gestes simples de solidarité qui permettent de résister, de continuer. C'est en quelque sorte pour rendre hommage à ces personnes qui ont croisé sa route, qui lui ont permis de survivre, que le narrateur prend la plume. Il veut que la vie de ces autres exilés, ces sans-papiers sans existence officielle, puisse laisser une trace quelque part.

«Partir, ce n'est pas seulement chercher une vie meilleure. C'est surtout refuser que sa vie, même brisée, ne compte pour rien. C'est vouloir qu'au moins une voix survive à son corps. Mourir, d'accord, mais pas en silence. Et si mourir il faut, alors que quelqu'un reste, quelque part, pour dire : "Il a vécu, je l'ai vu, je m'en souviens."» (page 112)

C'est un livre puissant, un livre qui mériterait sûrement une réédition rapide en Boréal compact, afin de le rendre plus accessible au milieu scolaire. Car sans nul doute, c'est un ouvrage qui mérite de figurer dans le corpus des cours de littérature, qui permettra d'illustrer efficacement la tendance de la littérature migrante au Québec, au même titre que Ru de Kim Thuy ou La mémoire de l'eau de Ying Chen.

En le lisant, après avoir lu les critiques dithyrambiques publiées un peu partout, j'avais peur d'avoir de trop grandes attentes pour ce livre. Mais finalement, le roman remplit bien ses promesses, à lire, absolument.

C'était ça ou mourir - Thélyson Orélien - Boréal - 2026 - 270 pages

16 juin 2026

Même pas morte - Geneviève Rioux

Ce roman, qui figurait parmi les livres en lice pour le Prix littéraire des collégiens 2026, raconte la violente agression (viol et tentative de meurtre) subie par Stéphanie, une jeune femme au début de la vingtaine.

Le récit commence d'ailleurs avec la description sans filtre de cette sauvage attaque, au cœur même du domicile de la victime. On y raconte l'assaut de son agresseur, la lutte et la brutale attaque au couteau qui laissera la jeune femme marquée à vie. Si vous êtes sensible à la violence, le début du roman risque de vous heurter, mais il correspond malheureusement trop à la réalité des féminicides. Les premières pages sont très puissantes et perturbantes et parviennent bien à décrire l'horreur et l'atrocité d'une telle attaque.

Stéphanie ayant réussi à survivre de façon presque miraculeuse à son agression, le récit raconte ensuite son long rétablissement, mais surtout sa participation à la longue enquête pour découvrir l'identité de son assaillant qui, on s'en doute, fait partie de son cercle de connaissances. Malgré la force de caractère de la victime, le récit dresse un portrait sensible et touchant de la détresse psychologique que celle-ci doit endurer pendant son processus de guérison et pendant l'épuisant, décourageant et décevant parcours judiciaire.

La narration assumée de façon hétérodiégétique (au elle) permet un certain détachement de la victime, mais l'utilisation de la deuxième personne (tu) pour s'adresser directement au coupable m'a agacé, surtout qu'on utilise le "toé". Sans doute s'agit-il là d'une stratégie narrative pour affaiblir et dévaloriser le violeur, pour le rendre moins pur d'une certaine façon, mais je me suis demandé tout le long si la présence de ce terme joualisant dans un texte qui utilise par ailleurs une langue assez traditionnelle était vraiment nécessaire.

Toutefois, il s'agit là d'un bémol plutôt faible dans un récit fort bien ficelé dont l'intrigue nous happe et nous entraine à toujours poursuivre notre lecture. C'est un suspense habilement mené et j'avoue avoir dévoré le livre en moins de deux jours. Pas surprenant donc que le livre fasse l'objet d'une adaptation pour la télévision, une série qui devrait être présentée sur nos écrans à l'hiver 2027.

Un livre choc qui devrait plaire à la majorité des lecteurs et lectrices, une valeur sûre.



Même pas morte - Geneviève Rioux - Stanké - 2024 - 343 pages

13 juin 2026

La Poésie - Patrice Lessard

Un écrivain désabusé, s'étant vu refuser son dernier manuscrit par son éditeur, fuit en Argentine, à Buenos Aires, dans le but de mettre fin à ses jours.

Dans les rues de cette ville, qu'il a déjà visitée avant la pandémie, le narrateur nous fait visiter la ville et réfléchit au sens de la vie [la vie a-t-elle un sens ?] et à l'importance que la littérature peut avoir dans son quotidien. 

Malgré son sujet en apparence assez lourd (le suicide, la mort), le ton reste ironique, parfois même comique, surtout en raison de l'auto-dérision du narrateur qui critique lui-même constamment ce qu'il est en train d'écrire et commente son comportement.

Impressionnant exercice stylistique à l'écriture maîtrisée (abondance de réflexions entre crochets, inversion des négations, syntaxe à la forme parfois archaïsante, commentaires sur l'écriture en train de se faire), le livre [j'hésite à appeler ça un roman, est-ce un roman ? Qu'est-ce qu'un roman ?], ce livre disais-je ne plaira pas à tout le monde. Si vous cherchez un roman avec une intrigue classique, avec une narration traditionnelle, passez votre tour, vous risquez de vous ennuyez avec M. Lessard. 

Mais si comme moi les réflexions sur l'Art et sur les ficelles de l'écriture vous intéressent, cela vous plaira sans nul doute.




La poésie - Patrice Lessard - Groupe HMH (XYZ) - 2026 - 152 pages

26 mars 2026

Stanley Péan - Éditions Mains libres - deux recueils à lire

Je considère que Stanley Péan est un des maîtres de la nouvelle au Québec. Forme brève et exigeante, la nouvelle représente un exercice d'écriture difficile qui exige finesse et doigté. Pour les auteurs débutants, il s'agit d'un exercice de style incontournable, dont la construction se révèle très formatrice, mais terriblement casse-gueule. Dans ces deux recueils, Péan rélève parfaitement le défi et prouve que le genre n'a plus de secret pour lui.

En quelques lignes, il parvient à créer toute une galerie de personnages crédibles pour  installer une intrigue qui suscitera le désir de poursuivre sa lecture. Il réussit à guider le lecteur en semant des indices dans le texte, sans jamais trop en révéler. Pour un excellent lecteur, il sera toujours amusant de relire les nouvelles afin justement de repérer les petits cailloux que l'auteur aura déposé dès le début de son texte. 

Chez Péan, la structure de chaque nouvelle est solide. Plusieurs de ses histoires s'appuient d'ailleurs sur les codes du fantastique. Dans La pénombre propice notamment, le nouvelliste expérimenté exploite à fond les possibilités du doppelgänger, les ombres, les doubles et les jumeaux se retrouvent au coeur de plusieurs de ses récits. On navigue dans des atmosphères sombres, avec des histoires de ruptures amoureuses qui finissent mal et dont la fin se révèle souvent lugubre.

Et comme toujours, chez Péan, ces références musicales qui mettent le jazz et les musiciens en valeur, qui donnent le goût au néophyte que je suis d'explorer ce genre qui, à la base, m'intéresse pourtant si peu. Sans oublier aussi toutes les allusions à la culture haïtienne qui soulignent l'origine ethnique de l'auteur, qui n'hésite pas à mettre aussi en valeur le Jonquière de son enfance pour nous révéler toute la richesse de la mixité de ses origines.

Deux recueils de nouvelles à lire, si vous voulez explorer ce genre malheureusement si peu fréquenté par les lecteurs d'aujourd'hui.



La pénombre propice - Stanley Péan - Éditions Mains libres - 2025 - 252 pages


P.S. : Par souci de transparence, je dois rappeler que mon dernier roman a été publié aux Éditions Mains libres. On pourra donc m'accuser de favoritisme si l'on veut, mais je parle ici des livres que je lis et que j'aime, librement et sans contraintes, sans rien recevoir en retour.

12 février 2026

Qui tombe des étoiles - Julien d'Abrigeon - Le Quartanier

Je vous présente ici un ouvrage au parcours un peu particulier. Publié au Quartanier, une des solides maisons d'édition née de l'effervescence du milieu littéraire québécois du début des années 2000, le livre s'est retrouvé cet automne dans la première sélection du prestigieux prix Médicis. C'est d'abord là que je l'ai remarqué.

Et, alors que plusieurs croyaient par association que l'auteur était québécois, on a appris que Julien D'Abrigeon était bel et bien un auteur français. Si,  depuis quelques années, on voit de plus en plus d'auteurs québécois être publiés ou diffusés en France (Laferrière, Jean, Saucier, Lambert, Leblanc, Georges, Guay-Poliquin...), l'inverse se révèle beaucoup moins fréquent. Personnellement, j'ai cherché des exemples dans ma mémoire, sans rien trouver...

En lisant le livre, on constate toutefois que l'association est parfaite, l'ouvrage correspond tout à fait à la ligne éditoriale du Quartanier. L'accent est mis sur la forme éclatée et la narration alterne constamment entre plusieurs personnages et plusieurs cultures. La littérature devient un jeu, une construction cohérente à partir d'éléments hétéroclites.

D'Abrigeon s'amuse ainsi à associer le sort de plusieurs personnalités du XXe siècle qui ont dû, au sens propre ou au sens figuré, affronter le vertige de la chute. Le récit alterne ainsi entre l'histoire de l'astronaute Christa McAuliffe, celle du peintre Nicolas de Staël, de la parapentiste Ewa Wisnierska, de l'excentrique Jean S. Barrès et/ou encore celle de la fraudeuse Elizabath Holmes. Sans oublier tous ces Russes qui vont se faire defenestrer de façon plus ou moins douteuse.

À partir d'éléments biographiques de la vie de ces personnages peu connus de l'histoire, D'Abrigeon construit une œuvre dans laquelle ils mélangent habilement la fiction et les faits réels. Il réussit ainsi à révéler, dans une synthèse fort efficace, toute la frénésie du siècle dernier.

Autant par son contenu que par sa forme, ce livre rappelle le travail d'autres auteurs québécois que j'ai bien appréciés, comme Nicolas Dickner (Nikolski) ou Éric Plamondon (1984). 
Si vous avez apprécié l'approche encyclopédique et contemporaine de ces deux auteurs, vous adorerez Qui tombe des étoiles.

Sinon, plongez, laissez vous tomber dans le délire de cet auteur qui saura sûrement vous happer avec lui dans sa chute.



 Photo : crédit Le Quartanier

20 janvier 2026

La levée - David Bergeron - Mains libres


À 46 ans, Rémi décide de revenir sur les lieux de son enfance pour renouer contact avec Jean, l'ex-conjoint de sa mère. Pour le retrouver, Rémi devra s'enfoncer dans la forêt dans laquelle il s'était perdu pendant sept longues journées, quand il avait 10 ans, pendant une promenade avec son beau-père.

Superbe roman qui raconte la confrontation des deux hommes perdus dans leur angoisse, convaincus l'un et l'autre d'être responsable de leur malheur respectif et plonge en parallèle dans le désespoir de l'enfant qui lutte pour sa survie au cœur de la forêt. 

J'ai adoré ce roman introspectif qui dévoile progressivement la profondeur de la détresse des personnages et tisse de façon habile la relation complexe mais tendre qui unit les deux hommes. C'est sûr que ce sont des thèmes qui se rapprochent de ceux que j'explore dans mes propres romans (nostalgie, relation père-fils, abandon, psychologie masculine...), ce qui explique sans doute en partie l'intensité des émotions ressenties pendant ma lecture, mais l'écriture de Bergeron est remarquablement efficace, tout en subtilité et en finesse.


C'était la première fois que je lisais une œuvre de David Bergeron, et c'est un auteur dont j'attendrai maintenant avec impatience les prochaines publications. 

17 janvier 2026

L'imagination que donnent les vraies tendresses


Correspondances imaginaires entre Lalonde et Gustave Flaubert, l'auteur du fameux Madame Bovary (1857) dont il est un fervent lecteur.

Réflexions sur la vie, sur notre époque, sur l'écriture et la lecture, je m'attendais à beaucoup de ce livre qui m'a pourtant déçu. Je m'attendais à assécher au moins un surligneur, j'ai à peine souligné quelques lignes. Il faut dire que j'entretiens une relation amour/retenue pour l'oeuvre de Lalonde. Autant je peux le trouver génial par moment quand il parle de son rapport à la littérature, autant quand il se met à parler de la fardoche et de ses promenades dans la nature, il m'ennuie. Étant donné la prémisse de départ, avoir accès à la pensée d'un des plus grands romanciers du XIXe siècle, quand même, ce n'est pas rien, je m'attendais à un ouvrage plus fort, plus intéressant. Pa

Sur le même thème, je vous encourage plutôt à lire son essai Le monde sur le flanc de la truite, un incontournable sur la création littéraire à mon avis. Ou alors sa correspondance avec Jonatha Harnois, Tu me rappelles un souffle (2023), qui propose un choc intéressant entre deux écrivains appartenant à deux générations différentes.

Et je me rends compte, en consultant la bibliographie de Lalonde, que je me suis jusqu'ici très peu intéressé à ses romans.

21 octobre 2025

Un roman au four

 


Ce livre, à mi-chemin entre le roman et l'essai, constitue un véritable défoulement, une véritable thérapie par la parole.

Dans un discours au rythme endiablé qui se poursuit pendant 150 pages, la narratrice commente et critique son mode de vie effrené, qui est aussi trop souvent le nôtre.

Chacune des sept parties du livre offre une logorrhée endiablée d'une seule et unique longue phrase qui s'étend sur une bonne dizaine de pages. L'écrivaine narratrice nous parle du rythme effrené de sa vie de femme et de mère qui l'empêchent d'écrire son roman. Son discours est parfaitement décousu, mais sa dénonciation des contraintes domestiques quotidiennes se révèle drôle et parfaitement jubilatoire. 

À travers tout cela, j'ai apprécié les nombreuses références aux théories de la création littéraire. L'importance d'avoir une chambre à soi, la difficulté de trouver le temps pour écrire, les doutes à surmonter, la crainte de ne plus être capable d'écrire, l'incertitude de la pertinence de l'oeuvre à venir, l'impossibilité de faire reconnaitre son activité comme un véritable travail...

J'ai dévoré ce livre en moins de deux jours, avec beaucoup de plaisir.

Un roman au four - Marie-Sissi Labrèche - Leméac

29 août 2025

Le temps des sucres - Martine Desjardins

Un petit livre qui se dévore en une soirée ou deux. Martine Desjardins démontre ici sa parfaite maîtrise des codes de la littérature fantastique et combine habilement le tout avec des éléments clés de notre folklore. 

L'histoire se passe dans une région du Québec frontalière des États-Unis, où se trouve une érablière dont le sirop d'érable possède des vertus magiques. Guillaume, citadin exemplaire, se retrouve dans ce milieu rural dans lequel il ne se reconnait pas. Pourtant, une étrange transformation s'opère en lui au contact de son grand-père et de ses oncles. Et ce sirop, au goût si particulier, aux effets si étranges...

Le vocabulaire riche et précis rendent la plume de Desjardins agréable et somptueuse, les passages qui parlent des érables et de l'acériculture notamment, sont à la fois pertinents et instructifs. 


Je m'en voudrais aussi de ne pas signaler l'humour de certains passages notamment dans la description du caractère douillet de Guillaume, "La paix de son sommeil requiet un matelas thérapeutique et un oreiller en duvet", ainsi que le savoureux passage où le personnage goûte et déguste pour la première un testicule d'ours (page 116)

C'est une autrice que je vous invite aussi à découvrir dans La chambre verte (2016) et Maleficium (2009), deux autres de ses romans tout aussi fantastiques que j'ai adorés. Et je réalise que son Méduse, paru en 2020, est passé sous mon radar ; il faudra que je corrige cet oubli éventuellement, c'est une autrice que j'ai chaque fois beaucoup de plaisir à lire.



Le temps des sucres - Martine Desjardins - Alto - 2025 - 145 pages

16 août 2025

La beauté de Cléopâtre - Mustapha Fahmi



C'est toujours un plaisir pour moi de lire la plume de Mustapha Fahmi.

Ses trois livres sont de petits bijoux de réflexion qui s'articulent autour de pièces de l'oeuvre de Shakespeare, dont l'intellectuel est un fin connaisseur. Ses livres sont toujours composés de courts chapitres qui, aboutés les uns aux autres, finissent par tisser le fil d'une réflexion savamment construite. Un découpage qui nous permet de ralentir, de prendre des pauses fréquentes, pour bien réfléchir aux idées qui sont exposées.
À travers les commentaires du professeur de l'UQAC sur la pièce Antoine et Cléopâtre, le propos dérive sur des thèmes comme l'authenticité, l'honneur, l'éthique ou la beauté. Malgré des références philosophiques et littéraires très pointues (les romantiques allemands et anglais, Davie Hume, Nietzsche et Kant entre autres), le propos reste facilement accessible et le texte nous guide habilement dans l'élaboration de la pensée de l'auteur.
En plus d'un condensé de l'histoire romaine, notamment le conflit qui oppose Marc-Antoine et Octave, le fils de César, des références culturelles variées et bien dosées (Boticelli, Titien, Zaha Hadid, Frank Gehry, Miles Davis, Beethoven, Wittgenstein...) appuient habilement la démonstration et on sort de notre lecture avec l'impression d'être un peu plus allumé, sinon un peu plus intelligent.
Un bijou de petit livre, que j'aurai plaisir à revenir feuilleter de temps à autre, pour y puiser quelques phrases au hasard avec plaisir comme celle ci-dessous.


Les deux précédents livres de Fahmi, La leçon de Rosalinde (2018) et La promesse de Juliette (2021), parus aussi chez La peuplade, m'avaient aussi beaucoup plu.



2 août 2025

La Méduse - Boum - Pow Pow


Encensé par la critique et déjà récompensé par plusieurs prix (Prix des libraires 2024, Grand Prix Québec BD Bédéis causa 2023 et Prix BD des collégiens 2024 entre autres), ce roman graphique m'a vraiment charmé.

L'histoire d'Odette est touchante. On assiste, en l'espace de quatre saisons, à l'évolution des troubles visuels dont souffre la jeune libraire. Le récit simple présente habilement les effets de la progression physique et psychologique de la cécité, réalité dont on entend peu souvent parler. 

Le traitement se révèle aussi profondément original. Les dessins sont clairs et précis et rappellent un peu le style des mangas. Le découpage et le cadrage sont variés, l'autrice maîtrise bien les différentes techniques (gros plan, champ-contre-champ) pour rendre plus dynamique son récit. L'oeuvre, imprimée en noir et blanc, exploite bien les dégradés et les jeux d'ombre et de lumière. Tout cela crée une impression d'intimité qui nous rapproche du drame vécu par le personnage principal et illustre bien toute la gamme d'émotions qu'elle traverse.

Et cette fameuse méduse, cette tache noire qui pollue chaque case et se multiplie au fil des planches... cette présence envahissante nous permet de bien saisir l'intensité et la persistance du problème qui affecte l'humeur d'Odette et va changer sa vie.

Vraiment, une superbe lecture.


La méduse - Boum - Pow Pow - 2022 - 228 pages

 

28 juillet 2025

La grosse laide - Marie-Noëlle Hébert

Avec ses superbes dessins crayonnés, cette BD mérite toute l'attention qu'on lui a accordée (prix des libraires 2020). Le jeu d'ombres rend vraiment bien toute l'intensité du drame qui se joue dans la vie de la jeune narratrice du récit.

Les commentaires désobligeants du père sur l'apparence physique de la jeune fille, "grosse torche", "grosse truie", accentuent sa dysphorie corporelle. Nous assistons à toute la détresse psychologique qui découle de ces commentaires. Malgré le sujet qui pourrait être lourd, la BD reste agréable à lire, car il y a aussi de beaux moments de bonheur qui viennent contrebalancer l'ensemble. Et tous ces sentiments sont admirablement rendus dans la multiplication des gros plans du visage de la narratrice.



Le découpage du scénario est parfois lent, mais ce n'est pas un défaut, loin de là. En prenant le temps de s'attarder aux détails, les cases donnent une profonde impression d'intimité et procurent au récit une certaine douceur poétique. 

C'est un roman graphique très réussi, qu'on prend le temps de découvrir avec lenteur.

Je regrette une seule chose, l'exemplaire que j'ai lue comportait des problèmes de surimpression qui nuisaient à la lecture. Si vous achetez la BD, vérifiez les pages 81, 85 et 86, pour vous assurez de ne pas avoir le même problème.



Sinon, c'est une BD qui mérite vraiment de figurer dans toute bonne bibliothèque.

La grosse laide - Marie-Noëlle Hébert - XYZ - 2019 - 104 pages
 

9 juillet 2025

La cité oblique - lecture en cours

Roman graphique qui associe l'univers fantastique de l'écrivain américain Howard Phillips Lovecraft (1890-1937) à l'histoire hallucinée de la ville de Québec.

Les illustrations, comme toujours avec Christian Quesnel, sont superbes, dans un style très expressionniste et personnel, et reprennent très bien les éléments de la mythologie de Lovecraft. Si vous ne connaissez pas encore le travail de Quesnel, je vous invite à découvrir ces autres ouvrages (Lac-Mégantic, Dédé ou encore Dracula) tout aussi excellents.

Je connais moins la scénariste, Ariane Gélinas, mais c'est une plume reconnue et bien établie dans le milieu de la SF québécoise. Elle a notamment publié plusieus romans chez l'éditeur Alire, spécialisé dans la littérature dite "de genre" (policier, fantastique, science-fiction) en plus d'être très active dans des revues comme Solaris. Son travail d'intégration des éléments de l'univers de Lovecraft à l'histoire du Québec est aussi remarquable, et on constate que l'autrice maitrise parfaitement bien son sujet.


La cité oblique, Chritian Quesnel et Ariane Gélinas, Alto, 168 pages.

18 juin 2025

Achats imprévus

 


Je suis passé en librairie pour ramasser le Laferrière en poche que j’avais commandé (j’ai déjà le grand format, le poche c’est pour le cours de création que j'espère donné cet automne), les trois autres m’ont sauté dans les bras, pas eu le choix.
Le hasard fait bien les choses, comme je suis en train de rattraper mon retard dans l'oeuvre d'Édouard Louis (voir mes lectures récentes), quand j'ai aperçu la version économique de ce livre paru l'an dernier, j'ai sauté dessus. Il me restera à lire L'affrontement, le livre qu'il consacre à son frère alcoolique mort à 38 ans et qui devrait être, selon ce qu'il dit, le dernier ouvrage qu'il consacre à son histoire familial.
Il y a longtemps que je voulais lire le fameux bestiaire de Borges, mais je n'avais jamais eu l'occasion de mettre la main dessus. Avec le livre de Guy Bertrand, ça fera deux bons ouvrages à lire à petites doses sur le trône de céramique.
 

Journal d'un écrivain en pyjama

Monique s'évade

Le français au micro

Le livre des êtresimaginaires

12 juin 2025

Nouvelles acquisitions

 


La réception dithyrambique du nouveau roman de l'écrivain québécois Philippe Yong m'a vraiment donné le goût de me procurer ce livre, qui semble pas mal correspondre à mes goûts, notamment par la thématique du décrochage numérique.

Le nouveau Marie-Andrée Gill est un incontournable pour moi, ses précédents recueils -Béante (2012), Frayer (2015) et Chauffer le dehors (2019) - sont de petits bijoux, je ne doute pas que celui-ci sera à la hauteur. Et bel adon, juin est le mois pour découvrir la littérature autochtone. N'hésitez pas à visiter vos librairies indépendantes, plusieurs ont mis en valeur les livres de ces auteurs souvent méconnus.

Le livre de Heinich est une réédition, mais je ne l'ai jamais lu. Les entrevues avec plusieurs créateurs qui parlent de leur processus rejoindront sûrement mes intérêts.

Les yeux clos

Uashtenamu

Être écrivain

9 juin 2025


La littérature québécoise vient de perdre une autre de ses importantes voix, je viens d’apprendre que le grand Victor-Levy Beaulieu (1945-2025) est décédé.

Son oeuvre immense vaut vraiment le détour et constitue une des explorations formelles les plus originales de notre littérature. Les oeuvres qu'il consacre aux grands écrivains qui l'ont influencé, mélange d'essais biographique et autobiographique et de fiction, sont des incontournables à mon avis, mais ses romans sont aussi de profonds électrochocs.

MonsieurMelville

JamesJoyce, l'Irlande, le Québec, les mots

Kerouac,essai-poulet

Lesgrands-pères

Mémoiresd'outre-tonneau


26 avril 2025

Nouvelles acquisitions



Je m’étais promis de ne pas racheter de nouveaux livres avant d’avoir épuisé ma réserve de littérature québécoise, mais je n’ai pas pu résister à ceux-là. Je vous en reparlerai éventuellement.

La dèche avec une couverture signée Marc Séguin

Petite nature de Perrine Leblanc dont j'ai adoré les trois premiers romans.

Le temps des sucres de Martine Desjardins, une autrice toujours surprenante.


Foule monstre - Simon Brousseau - Héliotrope

  Ce recueil à la forme très particulière a valu à Simon Brousseau le prix Adrienne-Choquette 2026, remis chaque année au meilleur recueil d...