13 juin 2026

La Poésie - Patrice Lessard

Un écrivain désabusé, s'étant vu refuser son dernier manuscrit par son éditeur, fuit en Argentine, à Buenos Aires, dans le but de mettre fin à ses jours.

Dans les rues de cette ville, qu'il a déjà visitée avant la pandémie, le narrateur nous fait visiter la ville et réfléchit au sens de la vie [la vie a-t-elle un sens ?] et à l'importance que la littérature peut avoir dans son quotidien. 

Malgré son sujet en apparence assez lourd (le suicide, la mort), le ton reste ironique, parfois même comique, surtout en raison de l'auto-dérision du narrateur qui critique lui-même constamment ce qu'il est en train d'écrire et commente son comportement.

Impressionnant exercice stylistique à l'écriture maîtrisée (abondance de réflexions entre crochets, inversion des négations, syntaxe à la forme parfois archaïsante, commentaires sur l'écriture en train de se faire), le livre [j'hésite à appeler ça un roman, est-ce un roman ? Qu'est-ce qu'un roman ?], ce livre disais-je ne plaira pas à tout le monde. Si vous cherchez un roman avec une intrigue classique, avec une narration traditionnelle, passez votre tour, vous risquez de vous ennuyez avec M. Lessard. 

Mais si comme moi les réflexions sur l'Art et sur les ficelles de l'écriture vous intéressent, cela vous plaira sans nul doute.




La poésie - Patrice Lessard - Groupe HMH (XYZ) - 2026 - 152 pages

24 avril 2026

2084 - Boualem Sansal


2084 . La fin du monde . L'Abistan, immense empire, tire son nom du prophète Abi, « délégué » de Yölah sur terre. Son système est fondé sur l'amnésie et la soumission au dieu unique. Toute pensée personnelle est bannie, un système de surveillance omniprésent permet de connaître les idées et les actes déviants. Le peuple unanime vit dans le bonheur de la foi sans questions. Mais un homme, Ati, met en doute les certitudes imposées. Il se lance dans une enquête sur un peuple de renégats qui vit dans des ghettos, sans le recours de la religion. Au fil d'un récit plein d'inventions cocasses ou inquiétantes, Boualem Sansal s'inscrit dans la filiation d'Orwell pour brocarder les dérives et l'hypocrisie du radicalisme religieux.



(4e de couverture)

Grand prix du roman de l'Académie française 2015

L'idée au départ de ce roman m'intéressait, basée sur le célèbre roman de George Orwell, Sansal nous projette ici dans une société futuriste (et post-apocalyptique) dans laquelle les gens sont totalement endoctrinés et soumis aux règles d'un régime qui leur permet de vivre dans un environnement sécuritaire. La réflexion sur la dérive autoritaire et ses conséquences porte à réflexions et les liens avec certaines tendances politiques actuelles sont indéniables et, je l'avoue, font un peu peur.

Si je me suis d'abord intéressé à ce roman, c'est que son auteur, Boualem Sansal, est au cœur du scandale qui a ébranlé le milieu littéraire français ce printemps. Écrivain d'origine algérienne, c'est la parution en juin prochain de son roman, La légende, qui serait à la source du conflit. Ayant publié tous ses précédents ouvrages chez Gallimard, qui a appuyé l'écrivain pendant toute la durée de sa détention en Algérie, Sansal aurait reçu un important à valoir (on parle d'une somme de 1 million d'euros) pour trahir son éditeur et publier cette fois chez Grasset, contre l'avis de son directeur, Olivier Nora.

Malgré cette polémique, ce livre, pour les amateurs de fictions utopistes sociales et politiques, présente un récit diablement bien construit aux ficelles parfois compliquées (surtout dans les cinquante dernières pages, dans lesquelles sont dévoilées toutes les magouilles derrière ce système en apparence si parfait) mais fort efficaces.

Si vous avez aimé les classiques comme 1984, Le meilleur des mondes ou Farenheit 451, ce livre vous plaira probablement beaucoup aussi.


2084 - Boualem Sansal - Folio/Gallimard - 2015 - 330 pages

26 mars 2026

Stanley Péan - Éditions Mains libres - deux recueils à lire

Je considère que Stanley Péan est un des maîtres de la nouvelle au Québec. Forme brève et exigeante, la nouvelle représente un exercice d'écriture difficile qui exige finesse et doigté. Pour les auteurs débutants, il s'agit d'un exercice de style incontournable, dont la construction se révèle très formatrice, mais terriblement casse-gueule. Dans ces deux recueils, Péan rélève parfaitement le défi et prouve que le genre n'a plus de secret pour lui.

En quelques lignes, il parvient à créer toute une galerie de personnages crédibles pour  installer une intrigue qui suscitera le désir de poursuivre sa lecture. Il réussit à guider le lecteur en semant des indices dans le texte, sans jamais trop en révéler. Pour un excellent lecteur, il sera toujours amusant de relire les nouvelles afin justement de repérer les petits cailloux que l'auteur aura déposé dès le début de son texte. 

Chez Péan, la structure de chaque nouvelle est solide. Plusieurs de ses histoires s'appuient d'ailleurs sur les codes du fantastique. Dans La pénombre propice notamment, le nouvelliste expérimenté exploite à fond les possibilités du doppelgänger, les ombres, les doubles et les jumeaux se retrouvent au coeur de plusieurs de ses récits. On navigue dans des atmosphères sombres, avec des histoires de ruptures amoureuses qui finissent mal et dont la fin se révèle souvent lugubre.

Et comme toujours, chez Péan, ces références musicales qui mettent le jazz et les musiciens en valeur, qui donnent le goût au néophyte que je suis d'explorer ce genre qui, à la base, m'intéresse pourtant si peu. Sans oublier aussi toutes les allusions à la culture haïtienne qui soulignent l'origine ethnique de l'auteur, qui n'hésite pas à mettre aussi en valeur le Jonquière de son enfance pour nous révéler toute la richesse de la mixité de ses origines.

Deux recueils de nouvelles à lire, si vous voulez explorer ce genre malheureusement si peu fréquenté par les lecteurs d'aujourd'hui.



La pénombre propice - Stanley Péan - Éditions Mains libres - 2025 - 252 pages


P.S. : Par souci de transparence, je dois rappeler que mon dernier roman a été publié aux Éditions Mains libres. On pourra donc m'accuser de favoritisme si l'on veut, mais je parle ici des livres que je lis et que j'aime, librement et sans contraintes, sans rien recevoir en retour.

10 mars 2026

Finalistes Prix des libraires du Québec 2026

Les finalistes pour les prix des libraires du Québec ont été dévoilés ce matin, voici la liste des 48 derniers titres en lice dans les douze (12) catégories. https://www.prixdeslibraires.qc.ca/news/Decouvrez-les-48-finalistes-2026

12 février 2026

Lectures récentes - Qui tombe des étoiles

Je vous présente ici un ouvrage au parcours un peu particulier. Publié au Quartanier, une des solides maisons d'édition née de l'effervescence du milieu littéraire québécois du début des années 2000, le livre s'est retrouvé cet automne dans la première sélection du prestigieux prix Médicis. C'est d'abord là que je l'ai remarqué.

Et, alors que plusieurs croyaient par association que l'auteur était québécois, on a appris que Julien D'Abrigeon était bel et bien un auteur français. Si,  depuis quelques années, on voit de plus en plus d'auteurs québécois être publiés ou diffusés en France (Laferrière, Jean, Saucier, Lambert, Leblanc, Georges, Guay-Poliquin...), l'inverse se révèle beaucoup moins fréquent. Personnellement, j'ai cherché des exemples dans ma mémoire, sans rien trouver...

En lisant le livre, on constate toutefois que l'association est parfaite, l'ouvrage correspond tout à fait à la ligne éditoriale du Quartanier. L'accent est mis sur la forme éclatée et la narration alterne constamment entre plusieurs personnages et plusieurs cultures. La littérature devient un jeu, une construction cohérente à partir d'éléments hétéroclites.

D'Abrigeon s'amuse ainsi à associer le sort de plusieurs personnalités du XXe siècle qui ont dû, au sens propre ou au sens figuré, affronter le vertige de la chute. Le récit alterne ainsi entre l'histoire de l'astronaute Christa McAuliffe, celle du peintre Nicolas de Staël, de la parapentiste Ewa Wisnierska, de l'excentrique Jean S. Barrès et/ou encore celle de la fraudeuse Elizabath Holmes. Sans oublier tous ces Russes qui vont se faire defenestrer de façon plus ou moins douteuse.

À partir d'éléments biographiques de la vie de ces personnages peu connus de l'histoire, D'Abrigeon construit une œuvre dans laquelle ils mélangent habilement la fiction et les faits réels. Il réussit ainsi à révéler, dans une synthèse fort efficace, toute la frénésie du siècle dernier.

Autant par son contenu que par sa forme, ce livre rappelle le travail d'autres auteurs québécois que j'ai bien appréciés, comme Nicolas Dickner (Nikolski) ou Éric Plamondon (1984). 
Si vous avez apprécié l'approche encyclopédique et contemporaine de ces deux auteurs, vous adorerez Qui tombe des étoiles.

Sinon, plongez, laissez vous tomber dans le délire de cet auteur qui saura sûrement vous happer avec lui dans sa chute.



 Photo : crédit Le Quartanier

23 janvier 2026

Han Kang - prix Nobel 2024

Par curiosité, je m'efforce chaque année de lire les livres qui ont remporté les grands prix français de l'automne. Quand les livres sont disponibles en français, j'aime aussi m'aventurer du côté de la littérature universelle en plongeant dans l'œuvre récompensée par le prestigieux prix Nobel de littérature.

En 2024, la lauréate était une écrivaine originaire de la Corée du Sud, un pays dont la littérature m'est complètement inconnue. Comme dépaysement, je ne pouvais pas rêver mieux. Pour découvrir cette autrice, je me suis donc procuré trois de ses derniers romans, tous publiés dans l'accessible collection Le livre de poche.
C'est pour moi une très belle découverte, la structure des œuvres peut paraitre déconcertante au début, mais au final, elle se révèle chaque fois un tour de force magistral.

Dans La végétarienne, le premier que j'ai lu, j'avoue que j'étais un peu perdu dans les premières pages, me demandant même si je me trouvais dans un roman ou dans un recueil de nouvelles. Car Kang aime varier les points de vue narratifs, entretenir un flou dans l'identité des personnages. Elle alterne ainsi les voix narratives dans les différentes parties du récit et le lecteur doit, grâce aux indices semés dans le texte, découvrir qui porte la narration et quelles sont les relations entre les différents personnages. À la fin, tout converge et le roman offre une vision riche et globale de la situation.

Les autres romans sont construits un peu de la même façon, avec une alternance de voix narratives et un dévoilement progressif de la situation. Ce sont des ouvrages qui exigent une certaine concentration. Les romans sont courts, mais ils ne sont pas simples pour autant.

Mon préféré reste Celui qui revient, qui raconte la révolte de Gwangju du printemps 1980, une période sombre de l'histoire de la Corée du Sud qui s'est soldée par le massacre de plusieurs manifestants. Encore une fois ici, les voix des survivants et des disparus se confondent, se cherchent et cette valse finit par donner un portrait émouvant de la situation. C'est un récit plus politique, plus engagé, mais toujous très riche et poétique.





Celui qui revient (2014)




17 janvier 2026

Achats récents

 


Le plus récent Édouard Louis en format poche, sur la vie de son frère.

Deux romans du plus récent prix Nobel.

Une traduction d'un des dernières publications de Knaussgaard dont j'avais tant aimé le cyle de romans Mon combat.

Et le dernier roman d'Alexis Morin, un roman d'horreur fantastique dont on dit beaucoup de bien.

Lectures récentes


 

4 novembre 2025

Prix Goncourt 2025

 


Je ne l'ai pas lu encore, mais ça semble une oeuvre à la structure très ambitieuse (plus de 700 pages).

Sur ma liste de lecture.


La maison vide, Laurent Mauvignier, Éditions de Minuit, 743 pages, 2025.

La Poésie - Patrice Lessard

Un écrivain désabusé, s'étant vu refuser son dernier manuscrit par son éditeur, fuit en Argentine, à Buenos Aires, dans le but de mettre...