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28 juillet 2026

Une nuit d'été à Littlebrook - Maureen Martineau - Héliotrope Noir

 


Cette collection de livres dédiée au polar chez Héliotrope mérite votre attention, je n'en ai lu que quelques-uns jusqu'à maintenant, mais ces histoires qui se passent toutes chez-nous, au Québec, sont diablement bien ficelées et l'intrigue se révèle fort efficace.

Ce dernier livre de Maureen Martineau, à qui on doit aussi dans la même collection le livre Zec la croche, tout aussi intéressant, raconte l'histoire de vengeance d'Aude Renaud. Après une absence de vingt ans, elle revient à Littlebrook pour organiser un spectacle-défilé de mode alors que  la sécheresse sévit sur son village natal. Ce spectacle sera le prétexte pour révéler à tous les raisons qui l'ont poussée à fuir le village.

Entre l'organisation du spectacle, les péripéties de sa mère, mairesse du village qui lutte pour empêcher l'assèchement des réserves d'eau de ses concitoyens, et les retrouvailles avec ses amis d'enfance, Aude se retrouve au coeur d'un véritable orage qui nous emporte pendant tout près de 200 pages.

L'histoire est enlevante, ça se lit presque d'une traite, et le récit est habilement construit autour d'un entrelacs de courts chapitres qui sautent d'un personnage à l'autre pour créer une forte tension narrative.

Le livre a remporté en mai dernier le prestigieux prix du meilleur polar canadien.

Il existe plusieurs livres dans la même collection, je vous encourage à les découvrir tous. Si vous êtes amateurs de polars courts et divertissants, vous serez servis.

Une nuit d'été à Littlebrook - Maureen Martineau - Héliotrope Noir - 2025 - 189 pages



6 juillet 2026

Je suis Romane Monnier - Delphine de Vigan - Gallimard

 


Delphine de Vigan est, avec Leïla Slimani et Annie Ernaux, une des rares autrices françaises contemporaines que je suis fidèlement. Son fabuleux roman Rien ne s'oppose à la nuit (2013) reste une de ses œuvres qui m'a le plus marqué, tandis que je garde un excellent souvenir de D'après une histoire vraie (2017) et de Les enfants sont rois (2022)Comme dans ce dernier ouvrage, de Vigan critique ici les comportements de nos sociétés. Alors qu'elle traitait de la surexposition et de l'exploitation des enfants sur certaines chaines Youtube dans Les enfants sont rois, son plus récent ouvrage aborde un autre sujet très actuel, notre ultra-dépendance aux appareils numériques. 

Au lendemain d'une soirée dans un bar avec un ami, Thomas se rend compte que le téléphone qu'il a entre les mains n'est pas le sien, mais celui d'une inconnue. Après avoir réussi à contacter la jeune femme, celle-ci accepte de lui rendre son téléphone, mais, bizarrement, refuse de récupérer le sien. Encore plus étrange, elle lui fournit même le code d'activation qui permettra à Thomas de fouiller dans son intimité virtuelle. À partir de là, Thomas développe une fixation sur Romane Monnier qu'il apprend à connaître à travers les diverses applications qu'il découvre dans son cellulaire. 

Construit sur une alternance entre deux fils narratifs parallèle (la vie de dépressive de Romane, la vie de père monoparentale de Thomas), le récit incorpore aussi des extraits du contenu du téléphone (conversations textos, enregistrements, journal intime, notes, descriptions de photos, courriels...) ce qui donne du rythme au livre, qui se construit finalement comme une enquête policière. Car enfin, pourquoi Romane Monnier s'est-elle débarrassée ainsi de son téléphone ? Pourquoi ressent-elle ce besoin de fuir, et que veut-elle fuir au juste ?

"Voilà à quoi songe Thomas, le smartphone calé dans sa paume : aujourd'hui le téléphone d'une jeune femme de trente ans contient bien plus que tous ses placards et tiroirs réunis. Aujourd'hui, son téléphone en dit plus sur elle que les dix cartons d'archives qu'elle n'entreposera jamais dans une cave ou un grenier." (page 42)

Et au final, le livre, en plus de nous interroger sur notre dépendance aux appareils numériques, nous suggère aussi une réflexion sur la trace virtuelle que nosu laisserons à notre disparition. 

Que laisserons-nous comme souvenirs à notre mort ? 

Que feront nos proches de cet héritage virtuel ?

Un livre fascinant, autant pour le fond que pour la forme. Une autre belle réussite de Delphine de Vigan que je continuerai assurément de suivre.

Je suis Romane Monnier - Delphine de Vigan - Gallimard - 2026 -332 pages

21 juin 2026

C'était ça ou mourir - Thélyson Orélien - Boréal



Ce roman raconte l'exil épuisant de Jonas Dorléon, professeur d'histoire à Haïti. Après avoir vu sa maison être brûlée, Jonas devra entreprendre une longue fuite de plusieurs milliers de kilomètres qui l'amènera à traverser dans des conditions horribles une douzaine de pays (République dominicaine, Brésil, Panama, Honduras, Costa Rica, Mexique, États-Unis...).

Le récit commence de façon brutale avec l'attaque des gangs qui ravagent tout le quartier du narrateur et tire sur tout ce qui bouge. Dorléon quitte alors sa ville de Carrefour-Feuilles avec le strict minimum.

Sont exposés ensuite de façon crue, mais dans une langue imagée, chargée de métaphores presque poétiques (le narrateur aime lire de la poésie, il traine avec lui des recueils qui l'aident à survivre dans les pires moments), tous les sévices et tous les abus que doivent subir les migrants pour essayer de survivre.

Dorléon y raconte notamment tous les efforts physiques nécessaires dans cette longue et interminable fuite vers un Ailleurs inconnu. Il raconte les longues heures de marche, la chaleur insoutenable, les nuits froides à dormir sur le sol, sous la pluie, la faim, la soif...

Certains passages sont pénibles à lire, les morts s'accumulent sur la route. Les pages qui racontent l'épouvantable traversée du Darién, une jungle impitoyable qui avale les plus faibles incapables de suivre le groupe, risquent de vous marquer pour longtemps. Ils seront nombreux à disparaître, emportés par les rivières tumultueuses ou victimes de la folie humaine.

Il raconte aussi toutes les privations du nécessaire qui dépouillent petit à petit les exilés de l'humanité qui leur reste. Tous ces comportements affreux qu'ils doivent subir, le jugement horrible des indigènes qu'ils croisent ou les exactions des profiteurs qui n'hésitent pas à exploiter leur espoir pour leur soutirer le moindre objet de valeur, pour les dépouiller de toute possession.

Et surtout, surtout, il expose toute l'incertitude qui ronge les migrants et sape leur moral, les détruit progressivement. Il relate notamment l'attente interminable dans des centres aux conditions épouvantables, afin de savoir s'ils peuvent, oui ou non, poursuivre leur route vers un refuge improbable.

Par chance, dans ce parcours, il y a aussi de belles et touchantes rencontres, des gestes simples de solidarité qui permettent de résister, de continuer. C'est en quelque sorte pour rendre hommage à ces personnes qui ont croisé sa route, qui lui ont permis de survivre, que le narrateur prend la plume. Il veut que la vie de ces autres exilés, ces sans-papiers sans existence officielle, puisse laisser une trace quelque part.

«Partir, ce n'est pas seulement chercher une vie meilleure. C'est surtout refuser que sa vie, même brisée, ne compte pour rien. C'est vouloir qu'au moins une voix survive à son corps. Mourir, d'accord, mais pas en silence. Et si mourir il faut, alors que quelqu'un reste, quelque part, pour dire : "Il a vécu, je l'ai vu, je m'en souviens."» (page 112)

C'est un livre puissant, un livre qui mériterait sûrement une réédition rapide en Boréal compact, afin de le rendre plus accessible au milieu scolaire. Car sans nul doute, c'est un ouvrage qui mérite de figurer dans le corpus des cours de littérature, qui permettra d'illustrer efficacement la tendance de la littérature migrante au Québec, au même titre que Ru de Kim Thuy ou La mémoire de l'eau de Ying Chen.

En le lisant, après avoir lu les critiques dithyrambiques publiées un peu partout, j'avais peur d'avoir de trop grandes attentes pour ce livre. Mais finalement, le roman remplit bien ses promesses, à lire, absolument.

Mise à jour 15 juillet : j'apprends à l'instant que le livre fera partie de la rentrée littéraire de l'automne en France chez Grasset, je ne serais pas surpris de le voir apparaître dans la liste des prix, le livre me semble notamment taillé sur mesure pour le Médicis.

C'était ça ou mourir - Thélyson Orélien - Boréal - 2026 - 270 pages

10 mars 2026

Finalistes Prix des libraires du Québec 2026

Les finalistes pour les prix des libraires du Québec ont été dévoilés ce matin, voici la liste des 48 derniers titres en lice dans les douze (12) catégories. https://www.prixdeslibraires.qc.ca/news/Decouvrez-les-48-finalistes-2026

Une nuit d'été à Littlebrook - Maureen Martineau - Héliotrope Noir

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