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16 juin 2026

Même pas morte - Geneviève Rioux

Ce roman, qui figurait parmi les livres en lice pour le Prix littéraire des collégiens 2026, raconte la violente agression (viol et tentative de meurtre) subie par Stéphanie, une jeune femme au début de la vingtaine.

Le récit commence d'ailleurs avec la description sans filtre de cette sauvage attaque, au cœur même du domicile de la victime. On y raconte l'assaut de son agresseur, la lutte et la brutale attaque au couteau qui laissera la jeune femme marquée à vie. Si vous êtes sensible à la violence, le début du roman risque de vous heurter, mais il correspond malheureusement trop à la réalité des féminicides. Les premières pages sont très puissantes et perturbantes et parviennent bien à décrire l'horreur et l'atrocité d'une telle attaque.

Stéphanie ayant réussi à survivre de façon presque miraculeuse à son agression, le récit raconte ensuite son long rétablissement, mais surtout sa participation à la longue enquête pour découvrir l'identité de son assaillant qui, on s'en doute, fait partie de son cercle de connaissances. Malgré la force de caractère de la victime, le récit dresse un portrait sensible et touchant de la détresse psychologique que celle-ci doit endurer pendant son processus de guérison et pendant l'épuisant, décourageant et décevant parcours judiciaire.

La narration assumée de façon hétérodiégétique (au elle) permet un certain détachement de la victime, mais l'utilisation de la deuxième personne (tu) pour s'adresser directement au coupable m'a agacé, surtout qu'on utilise le "toé". Sans doute s'agit-il là d'une stratégie narrative pour affaiblir et dévaloriser le violeur, pour le rendre moins pur d'une certaine façon, mais je me suis demandé tout le long si la présence de ce terme joualisant dans un texte qui utilise par ailleurs une langue assez traditionnelle était vraiment nécessaire.

Toutefois, il s'agit là d'un bémol plutôt faible dans un récit fort bien ficelé dont l'intrigue nous happe et nous entraine à toujours poursuivre notre lecture. C'est un suspense habilement mené et j'avoue avoir dévoré le livre en moins de deux jours. Pas surprenant donc que le livre fasse l'objet d'une adaptation pour la télévision, une série qui devrait être présentée sur nos écrans à l'hiver 2027.

Un livre choc qui devrait plaire à la majorité des lecteurs et lectrices, une valeur sûre.



Même pas morte - Geneviève Rioux - Stanké - 2024 - 343 pages

12 février 2026

Qui tombe des étoiles - Julien d'Abrigeon - Le Quartanier

Je vous présente ici un ouvrage au parcours un peu particulier. Publié au Quartanier, une des solides maisons d'édition née de l'effervescence du milieu littéraire québécois du début des années 2000, le livre s'est retrouvé cet automne dans la première sélection du prestigieux prix Médicis. C'est d'abord là que je l'ai remarqué.

Et, alors que plusieurs croyaient par association que l'auteur était québécois, on a appris que Julien D'Abrigeon était bel et bien un auteur français. Si,  depuis quelques années, on voit de plus en plus d'auteurs québécois être publiés ou diffusés en France (Laferrière, Jean, Saucier, Lambert, Leblanc, Georges, Guay-Poliquin...), l'inverse se révèle beaucoup moins fréquent. Personnellement, j'ai cherché des exemples dans ma mémoire, sans rien trouver...

En lisant le livre, on constate toutefois que l'association est parfaite, l'ouvrage correspond tout à fait à la ligne éditoriale du Quartanier. L'accent est mis sur la forme éclatée et la narration alterne constamment entre plusieurs personnages et plusieurs cultures. La littérature devient un jeu, une construction cohérente à partir d'éléments hétéroclites.

D'Abrigeon s'amuse ainsi à associer le sort de plusieurs personnalités du XXe siècle qui ont dû, au sens propre ou au sens figuré, affronter le vertige de la chute. Le récit alterne ainsi entre l'histoire de l'astronaute Christa McAuliffe, celle du peintre Nicolas de Staël, de la parapentiste Ewa Wisnierska, de l'excentrique Jean S. Barrès et/ou encore celle de la fraudeuse Elizabath Holmes. Sans oublier tous ces Russes qui vont se faire defenestrer de façon plus ou moins douteuse.

À partir d'éléments biographiques de la vie de ces personnages peu connus de l'histoire, D'Abrigeon construit une œuvre dans laquelle ils mélangent habilement la fiction et les faits réels. Il réussit ainsi à révéler, dans une synthèse fort efficace, toute la frénésie du siècle dernier.

Autant par son contenu que par sa forme, ce livre rappelle le travail d'autres auteurs québécois que j'ai bien appréciés, comme Nicolas Dickner (Nikolski) ou Éric Plamondon (1984). 
Si vous avez apprécié l'approche encyclopédique et contemporaine de ces deux auteurs, vous adorerez Qui tombe des étoiles.

Sinon, plongez, laissez vous tomber dans le délire de cet auteur qui saura sûrement vous happer avec lui dans sa chute.



 Photo : crédit Le Quartanier

20 janvier 2026

La levée - David Bergeron - Mains libres


À 46 ans, Rémi décide de revenir sur les lieux de son enfance pour renouer contact avec Jean, l'ex-conjoint de sa mère. Pour le retrouver, Rémi devra s'enfoncer dans la forêt dans laquelle il s'était perdu pendant sept longues journées, quand il avait 10 ans, pendant une promenade avec son beau-père.

Superbe roman qui raconte la confrontation des deux hommes perdus dans leur angoisse, convaincus l'un et l'autre d'être responsable de leur malheur respectif et plonge en parallèle dans le désespoir de l'enfant qui lutte pour sa survie au cœur de la forêt. 

J'ai adoré ce roman introspectif qui dévoile progressivement la profondeur de la détresse des personnages et tisse de façon habile la relation complexe mais tendre qui unit les deux hommes. C'est sûr que ce sont des thèmes qui se rapprochent de ceux que j'explore dans mes propres romans (nostalgie, relation père-fils, abandon, psychologie masculine...), ce qui explique sans doute en partie l'intensité des émotions ressenties pendant ma lecture, mais l'écriture de Bergeron est remarquablement efficace, tout en subtilité et en finesse.


C'était la première fois que je lisais une œuvre de David Bergeron, et c'est un auteur dont j'attendrai maintenant avec impatience les prochaines publications. 

17 janvier 2026

L'imagination que donnent les vraies tendresses


Correspondances imaginaires entre Lalonde et Gustave Flaubert, l'auteur du fameux Madame Bovary (1857) dont il est un fervent lecteur.

Réflexions sur la vie, sur notre époque, sur l'écriture et la lecture, je m'attendais à beaucoup de ce livre qui m'a pourtant déçu. Je m'attendais à assécher au moins un surligneur, j'ai à peine souligné quelques lignes. Il faut dire que j'entretiens une relation amour/retenue pour l'oeuvre de Lalonde. Autant je peux le trouver génial par moment quand il parle de son rapport à la littérature, autant quand il se met à parler de la fardoche et de ses promenades dans la nature, il m'ennuie. Étant donné la prémisse de départ, avoir accès à la pensée d'un des plus grands romanciers du XIXe siècle, quand même, ce n'est pas rien, je m'attendais à un ouvrage plus fort, plus intéressant. Pa

Sur le même thème, je vous encourage plutôt à lire son essai Le monde sur le flanc de la truite, un incontournable sur la création littéraire à mon avis. Ou alors sa correspondance avec Jonatha Harnois, Tu me rappelles un souffle (2023), qui propose un choc intéressant entre deux écrivains appartenant à deux générations différentes.

Et je me rends compte, en consultant la bibliographie de Lalonde, que je me suis jusqu'ici très peu intéressé à ses romans.

3 novembre 2025

Prix Femina 2025

 Prix Femina 2025. Un livre qui m'attend à la bibliothèque, une de mes prochaines lectures.

"La nuit au coeur entrelace trois histoires de femmes victimes de la violence de leur compagnon. Sur le fil entre force et humilité, Nathacha Appanah scrute l'énigme insupportable du féminicide conjugal, quand la nuit noire prend la place de l'amour"

29 août 2025

Le temps des sucres - Martine Desjardins

Un petit livre qui se dévore en une soirée ou deux. Martine Desjardins démontre ici sa parfaite maîtrise des codes de la littérature fantastique et combine habilement le tout avec des éléments clés de notre folklore. 

L'histoire se passe dans une région du Québec frontalière des États-Unis, où se trouve une érablière dont le sirop d'érable possède des vertus magiques. Guillaume, citadin exemplaire, se retrouve dans ce milieu rural dans lequel il ne se reconnait pas. Pourtant, une étrange transformation s'opère en lui au contact de son grand-père et de ses oncles. Et ce sirop, au goût si particulier, aux effets si étranges...

Le vocabulaire riche et précis rendent la plume de Desjardins agréable et somptueuse, les passages qui parlent des érables et de l'acériculture notamment, sont à la fois pertinents et instructifs. 


Je m'en voudrais aussi de ne pas signaler l'humour de certains passages notamment dans la description du caractère douillet de Guillaume, "La paix de son sommeil requiet un matelas thérapeutique et un oreiller en duvet", ainsi que le savoureux passage où le personnage goûte et déguste pour la première un testicule d'ours (page 116)

C'est une autrice que je vous invite aussi à découvrir dans La chambre verte (2016) et Maleficium (2009), deux autres de ses romans tout aussi fantastiques que j'ai adorés. Et je réalise que son Méduse, paru en 2020, est passé sous mon radar ; il faudra que je corrige cet oubli éventuellement, c'est une autrice que j'ai chaque fois beaucoup de plaisir à lire.



Le temps des sucres - Martine Desjardins - Alto - 2025 - 145 pages

16 août 2025

La beauté de Cléopâtre - Mustapha Fahmi



C'est toujours un plaisir pour moi de lire la plume de Mustapha Fahmi.

Ses trois livres sont de petits bijoux de réflexion qui s'articulent autour de pièces de l'oeuvre de Shakespeare, dont l'intellectuel est un fin connaisseur. Ses livres sont toujours composés de courts chapitres qui, aboutés les uns aux autres, finissent par tisser le fil d'une réflexion savamment construite. Un découpage qui nous permet de ralentir, de prendre des pauses fréquentes, pour bien réfléchir aux idées qui sont exposées.
À travers les commentaires du professeur de l'UQAC sur la pièce Antoine et Cléopâtre, le propos dérive sur des thèmes comme l'authenticité, l'honneur, l'éthique ou la beauté. Malgré des références philosophiques et littéraires très pointues (les romantiques allemands et anglais, Davie Hume, Nietzsche et Kant entre autres), le propos reste facilement accessible et le texte nous guide habilement dans l'élaboration de la pensée de l'auteur.
En plus d'un condensé de l'histoire romaine, notamment le conflit qui oppose Marc-Antoine et Octave, le fils de César, des références culturelles variées et bien dosées (Boticelli, Titien, Zaha Hadid, Frank Gehry, Miles Davis, Beethoven, Wittgenstein...) appuient habilement la démonstration et on sort de notre lecture avec l'impression d'être un peu plus allumé, sinon un peu plus intelligent.
Un bijou de petit livre, que j'aurai plaisir à revenir feuilleter de temps à autre, pour y puiser quelques phrases au hasard avec plaisir comme celle ci-dessous.


Les deux précédents livres de Fahmi, La leçon de Rosalinde (2018) et La promesse de Juliette (2021), parus aussi chez La peuplade, m'avaient aussi beaucoup plu.



2 août 2025

La Méduse - Boum - Pow Pow


Encensé par la critique et déjà récompensé par plusieurs prix (Prix des libraires 2024, Grand Prix Québec BD Bédéis causa 2023 et Prix BD des collégiens 2024 entre autres), ce roman graphique m'a vraiment charmé.

L'histoire d'Odette est touchante. On assiste, en l'espace de quatre saisons, à l'évolution des troubles visuels dont souffre la jeune libraire. Le récit simple présente habilement les effets de la progression physique et psychologique de la cécité, réalité dont on entend peu souvent parler. 

Le traitement se révèle aussi profondément original. Les dessins sont clairs et précis et rappellent un peu le style des mangas. Le découpage et le cadrage sont variés, l'autrice maîtrise bien les différentes techniques (gros plan, champ-contre-champ) pour rendre plus dynamique son récit. L'oeuvre, imprimée en noir et blanc, exploite bien les dégradés et les jeux d'ombre et de lumière. Tout cela crée une impression d'intimité qui nous rapproche du drame vécu par le personnage principal et illustre bien toute la gamme d'émotions qu'elle traverse.

Et cette fameuse méduse, cette tache noire qui pollue chaque case et se multiplie au fil des planches... cette présence envahissante nous permet de bien saisir l'intensité et la persistance du problème qui affecte l'humeur d'Odette et va changer sa vie.

Vraiment, une superbe lecture.


La méduse - Boum - Pow Pow - 2022 - 228 pages

 

Foule monstre - Simon Brousseau - Héliotrope

  Ce recueil à la forme très particulière a valu à Simon Brousseau le prix Adrienne-Choquette 2026, remis chaque année au meilleur recueil d...