26 mars 2026

Stanley Péan - Éditions Mains libres - deux recueils à lire

Je considère que Stanley Péan est un des maîtres de la nouvelle au Québec. Forme brève et exigeante, la nouvelle représente un exercice d'écriture difficile qui exige finesse et doigté. Pour les auteurs débutants, il s'agit d'un exercice de style incontournable, dont la construction se révèle très formatrice, mais terriblement casse-gueule. Dans ces deux recueils, Péan rélève parfaitement le défi et prouve que le genre n'a plus de secret pour lui.

En quelques lignes, il parvient à créer toute une galerie de personnages crédibles pour  installer une intrigue qui suscitera le désir de poursuivre sa lecture. Il réussit à guider le lecteur en semant des indices dans le texte, sans jamais trop en révéler. Pour un excellent lecteur, il sera toujours amusant de relire les nouvelles afin justement de repérer les petits cailloux que l'auteur aura déposé dès le début de son texte. 

Chez Péan, la structure de chaque nouvelle est solide. Plusieurs de ses histoires s'appuient d'ailleurs sur les codes du fantastique. Dans La pénombre propice notamment, le nouvelliste expérimenté exploite à fond les possibilités du doppelgänger, les ombres, les doubles et les jumeaux se retrouvent au coeur de plusieurs de ses récits. On navigue dans des atmosphères sombres, avec des histoires de ruptures amoureuses qui finissent mal et dont la fin se révèle souvent lugubre.

Et comme toujours, chez Péan, ces références musicales qui mettent le jazz et les musiciens en valeur, qui donnent le goût au néophyte que je suis d'explorer ce genre qui, à la base, m'intéresse pourtant si peu. Sans oublier aussi toutes les allusions à la culture haïtienne qui soulignent l'origine ethnique de l'auteur, qui n'hésite pas à mettre aussi en valeur le Jonquière de son enfance pour nous révéler toute la richesse de la mixité de ses origines.

Deux recueils de nouvelles à lire, si vous voulez explorer ce genre malheureusement si peu fréquenté par les lecteurs d'aujourd'hui.



La pénombre propice - Stanley Péan - Éditions Mains libres - 2025 - 252 pages


P.S. : Par souci de transparence, je dois rappeler que mon dernier roman a été publié aux Éditions Mains libres. On pourra donc m'accuser de favoritisme si l'on veut, mais je parle ici des livres que je lis et que j'aime, librement et sans contraintes, sans rien recevoir en retour.

10 mars 2026

Finalistes Prix des libraires du Québec 2026

Les finalistes pour les prix des libraires du Québec ont été dévoilés ce matin, voici la liste des 48 derniers titres en lice dans les douze (12) catégories. https://www.prixdeslibraires.qc.ca/news/Decouvrez-les-48-finalistes-2026

12 février 2026

Lectures récentes - Qui tombe des étoiles

Je vous présente ici un ouvrage au parcours un peu particulier. Publié au Quartanier, une des solides maisons d'édition née de l'effervescence du milieu littéraire québécois du début des années 2000, le livre s'est retrouvé cet automne dans la première sélection du prestigieux prix Médicis. C'est d'abord là que je l'ai remarqué.

Et, alors que plusieurs croyaient par association que l'auteur était québécois, on a appris que Julien D'Abrigeon était bel et bien un auteur français. Si,  depuis quelques années, on voit de plus en plus d'auteurs québécois être publiés ou diffusés en France (Laferrière, Jean, Saucier, Lambert, Leblanc, Georges, Guay-Poliquin...), l'inverse se révèle beaucoup moins fréquent. Personnellement, j'ai cherché des exemples dans ma mémoire, sans rien trouver...

En lisant le livre, on constate toutefois que l'association est parfaite, l'ouvrage correspond tout à fait à la ligne éditoriale du Quartanier. L'accent est mis sur la forme éclatée et la narration alterne constamment entre plusieurs personnages et plusieurs cultures. La littérature devient un jeu, une construction cohérente à partir d'éléments hétéroclites.

D'Abrigeon s'amuse ainsi à associer le sort de plusieurs personnalités du XXe siècle qui ont dû, au sens propre ou au sens figuré, affronter le vertige de la chute. Le récit alterne ainsi entre l'histoire de l'astronaute Christa McAuliffe, celle du peintre Nicolas de Staël, de la parapentiste Ewa Wisnierska, de l'excentrique Jean S. Barrès et/ou encore celle de la fraudeuse Elizabath Holmes. Sans oublier tous ces Russes qui vont se faire defenestrer de façon plus ou moins douteuse.

À partir d'éléments biographiques de la vie de ces personnages peu connus de l'histoire, D'Abrigeon construit une œuvre dans laquelle ils mélangent habilement la fiction et les faits réels. Il réussit ainsi à révéler, dans une synthèse fort efficace, toute la frénésie du siècle dernier.

Autant par son contenu que par sa forme, ce livre rappelle le travail d'autres auteurs québécois que j'ai bien appréciés, comme Nicolas Dickner (Nikolski) ou Éric Plamondon (1984). 
Si vous avez apprécié l'approche encyclopédique et contemporaine de ces deux auteurs, vous adorerez Qui tombe des étoiles.

Sinon, plongez, laissez vous tomber dans le délire de cet auteur qui saura sûrement vous happer avec lui dans sa chute.



 Photo : crédit Le Quartanier

23 janvier 2026

Han Kang - prix Nobel 2024

Par curiosité, je m'efforce chaque année de lire les livres qui ont remporté les grands prix français de l'automne. Quand les livres sont disponibles en français, j'aime aussi m'aventurer du côté de la littérature universelle en plongeant dans l'œuvre récompensée par le prestigieux prix Nobel de littérature.

En 2024, la lauréate était une écrivaine originaire de la Corée du Sud, un pays dont la littérature m'est complètement inconnue. Comme dépaysement, je ne pouvais pas rêver mieux. Pour découvrir cette autrice, je me suis donc procuré trois de ses derniers romans, tous publiés dans l'accessible collection Le livre de poche.
C'est pour moi une très belle découverte, la structure des œuvres peut paraitre déconcertante au début, mais au final, elle se révèle chaque fois un tour de force magistral.

Dans La végétarienne, le premier que j'ai lu, j'avoue que j'étais un peu perdu dans les premières pages, me demandant même si je me trouvais dans un roman ou dans un recueil de nouvelles. Car Kang aime varier les points de vue narratifs, entretenir un flou dans l'identité des personnages. Elle alterne ainsi les voix narratives dans les différentes parties du récit et le lecteur doit, grâce aux indices semés dans le texte, découvrir qui porte la narration et quelles sont les relations entre les différents personnages. À la fin, tout converge et le roman offre une vision riche et globale de la situation.

Les autres romans sont construits un peu de la même façon, avec une alternance de voix narratives et un dévoilement progressif de la situation. Ce sont des ouvrages qui exigent une certaine concentration. Les romans sont courts, mais ils ne sont pas simples pour autant.

Mon préféré reste Celui qui revient, qui raconte la révolte de Gwangju du printemps 1980, une période sombre de l'histoire de la Corée du Sud qui s'est soldée par le massacre de plusieurs manifestants. Encore une fois ici, les voix des survivants et des disparus se confondent, se cherchent et cette valse finit par donner un portrait émouvant de la situation. C'est un récit plus politique, plus engagé, mais toujous très riche et poétique.





Celui qui revient (2014)




17 janvier 2026

Achats récents

 


Le plus récent Édouard Louis en format poche, sur la vie de son frère.

Deux romans du plus récent prix Nobel.

Une traduction d'un des dernières publications de Knaussgaard dont j'avais tant aimé le cyle de romans Mon combat.

Et le dernier roman d'Alexis Morin, un roman d'horreur fantastique dont on dit beaucoup de bien.

Lectures récentes


 

4 novembre 2025

Prix Goncourt 2025

 


Je ne l'ai pas lu encore, mais ça semble une oeuvre à la structure très ambitieuse (plus de 700 pages).

Sur ma liste de lecture.


La maison vide, Laurent Mauvignier, Éditions de Minuit, 743 pages, 2025.

3 novembre 2025

Prix Femina 2025

 Prix Femina 2025. Un livre qui m'attend à la bibliothèque, une de mes prochaines lectures.

"La nuit au coeur entrelace trois histoires de femmes victimes de la violence de leur compagnon. Sur le fil entre force et humilité, Nathacha Appanah scrute l'énigme insupportable du féminicide conjugal, quand la nuit noire prend la place de l'amour"

21 octobre 2025

Un roman au four

 


Ce livre, à mi-chemin entre le roman et l'essai, constitue un véritable défoulement, une véritable thérapie par la parole.

Dans un discours au rythme endiablé qui se poursuit pendant 150 pages, la narratrice commente et critique son mode de vie effrené, qui est aussi trop souvent le nôtre.

Chacune des sept parties du livre offre une logorrhée endiablée d'une seule et unique longue phrase qui s'étend sur une bonne dizaine de pages. L'écrivaine narratrice nous parle du rythme effrené de sa vie de femme et de mère qui l'empêchent d'écrire son roman. Son discours est parfaitement décousu, mais sa dénonciation des contraintes domestiques quotidiennes se révèle drôle et parfaitement jubilatoire. 

À travers tout cela, j'ai apprécié les nombreuses références aux théories de la création littéraire. L'importance d'avoir une chambre à soi, la difficulté de trouver le temps pour écrire, les doutes à surmonter, la crainte de ne plus être capable d'écrire, l'incertitude de la pertinence de l'oeuvre à venir, l'impossibilité de faire reconnaitre son activité comme un véritable travail...

J'ai dévoré ce livre en moins de deux jours, avec beaucoup de plaisir.

Un roman au four - Marie-Sissi Labrèche - Leméac

La Poésie - Patrice Lessard

Un écrivain désabusé, s'étant vu refuser son dernier manuscrit par son éditeur, fuit en Argentine, à Buenos Aires, dans le but de mettre...